Volume de 204 feuillets de parchemin, inscrits sur deux ou trois colonnes de 21 lignes pour le texte principal et 45 lignes pour la glose, tracées à la mine de plomb. L'écriture commence au-dessus de la première ligne de réglure, c'est une textualis régulière, probablement d'une seule main.
CONTENU
Il s'agit des Évangiles selon Luc et Jean accompagnés de la glose ordinaire.
« La glose dite ordinaire s'enracina dans le sol de Paris. Elle n'était pas une invention parisienne pourtant.
Elle doit son origine à maître Anselme de Laon et à son équipe. Son école devança celles de Paris comme centre préféré de tout amateur des études sacrées. Maître Anselme est mort l'an 1117 ; nous lui devons la compilation de la glose ordinaire du psautier, de l'évangile de saint Jean et des épîtres de saint Paul. Son élève, maître Gilbert l'Universel, se chargea de gloser le Pentateuque et les quatre prophètes, le livre des Lamentations y compris.
Pour ce qui concerne les autres livres de la Bible nous sommes encore dans le vague. Nous savons que maître Raoul, frère et collègue de maître Anselme, y est pour quelque chose, surtout pour le premier évangile. Nous savons que maître Gilbert de la Porrée s'en est mêlé ; un prologue de l'Apocalypse, attribué à ce maître célèbre, est entré dans la glose ordinaire. Il est assez probable, mais la preuve nous fait défaut, que Gilbert de la Porrée compila la glose du dernier livre de la Bible.
La glose ordinaire du psautier et de saint Paul fut élargie par Gilbert de la Porrée d'abord, et ensuite par Pierre Lombard. Les professeurs du XIIe siècle finissant parlaient couramment de la "media glosatura" de Gilbert de la Porrée et de la "maior" ou "magna glosatura" de Pierre Lombard. Pour l'enseignement du psautier et de saint Paul on se servait normalement de la moyenne ou de la grande glose. Pour tous les autres livres bibliques on se contentait de la glose ordinaire ». (Smalley Beryl. "Les commentaires bibliques de l'époque romane : glose ordinaire et gloses périmées", in: Cahiers de civilisation médiévale, 13, 4e année, Janvier-mars 1961. pp. 15-22).
DÉCOR
Le décor de ce manuscrit est composé d'initiales émenchées et filigranées, d'initiales filigranées plus simples et de nombreux pied-de-mouche avec prolongements à l'italienne dans les marges.
Le style des filigranes pointe vers le premier quart du XIIIe siècle.
RELIURE
Restaurées au XVIIIe siècle : ais de bois couverts de parchemin ivoire de remplois (comptes de grenetterie), dos à 5 nerfs en basane brune, palettes dorées en queue et sur les nerfs, caissons fleuronnés, titre doré "GLOSSA IN EVANGELIU". « Reparatus mense aprili 1777 » inscrit à l'encre au verso de la garde sup.
PROVENANCE
« Bibliothecae de Claromarisco in evangelium Lucae et Ioannis glossatus. Ex dono magistri Gerardi de Brugis » inscrit à l'encre sur le premier feuillet ; « Ex dono mag(ist)riGerardi de Brugis » inscrite à l'encre au f. 204v. Il a été suggéré qu'il s'agisse de Gérard d’Alsace († 1206), fils naturel de Thierry d’Alsace, prévôt de Bruges, de Lille et de Saint-Omer, mais sa mort en 1206 se situe trop tôt par rapport à la période du production du manuscrit.
BIBLIOGRAPHIE
_Andrée Alexander, <a href="https://www.brepolsonline.net/doi/10.1484/J.RB.5.100573" target="_blank">« The Glossa ordinaria on the Gospel of John: A Preliminary Survey of the Manuscripts with a Presentation of the Text and its Sources (suite et fin) »</a>, dans Revue Bénédictine, vol. 118, no 2, 2008, p. 289‑333, p. 330 (Clairmarais est localisé à tort en Normandie).
_Laplane Henri de, L’abbaye de Clairmarais d’après ses archives, Saint-Omer, impr. de Fleury-Lemaire, 1863, (Mémoires de la Société des antiquaires de la Morinie, 11). p. 248
_Staats Sarah et al., Le catalogue médiéval de l’abbaye cistercienne de Clairmarais et les manuscrits conservés, CNRS Editions, Paris, France, 2016, (Documents, études et répertoires, 87). p. 144.
_Institut de recherche et d'histoire des textes (IRHT-CNRS), <a href="http://saint-bertin.irht.cnrs.fr/site/php/notice.php?id=Saint-Omer164&catalogue=st-omer" target="_blank">« Notice de Saint-Omer, Bibliothèque d'agglomération du Pays de Saint-Omer, 164 »</a>, dans Stutzmann Dominique (dir.), Saint-Bertin : centre culturel du VIIe au XVIIIe siècle, 2016. ; 13e siècle ; 1200 ; 1225 ; Titre latin : Lucam cum glossa ordinaria ; Titre latin : Johannem cum glossa ordinaria